14 mai 2008
Tanka d'une nuit d'ete
Une soiree d'ete
Dans mon hamac celeste
Je repose mon ame
Bercee par le chant des fees
Et les rires des etoiles.
A midsummer night's tanka
A summer evening
In my celestial hammock
I rest my soul
Lulled by the song of the fairies
And the laughters of the stars.
13 mai 2008
Confidences...
Je me suis finalement garé sur un parking gratuit, peinard, quoi ! J’ai bien failli ne pas trouver de place et, furieux, stationner sur un passage clouté ou sur une place handicapé. Je sais bien ou je serais aujourd’hui ! Du moins… je le suppose. A la fourrière ! Heureusement, au carrefour, j’ai tourné à droite comme tout le monde. Mes penchants m’ont pourtant poussé à prendre à gauche, et à m’engager dans le sens interdit à toute vitesse. Je ne leur ai pas cédé, ce jour là. J’ai pris à droite comme tout le monde. J’ai suivi la file. J’ai trouvé une place. Il était temps…
Comment tout ça est-il arrivé ? J’ai envie de clamer que j’en sais rien. Au fond de moi, j’en ai bien une petite idée… Mais, ça n’a aucune importance, finalement !
Pourtant, j’étais un gamin sympa. Tout le monde me le dit. Un gosse poli, gentil, curieux, et rusé. Comment le gosse sympa est devenu l’adolescent qui inquiète ? Est-ce qu’il y a eu des signes avant coureurs ? Est-ce que c’est génétique ? Ai-je manqué de quelque chose ? Ou bien… est-ce qu’on m’a trop donné ? Ma vérité est ailleurs que dans leurs hypothèses. Je la passe sous silence puisque c’est la règle. Chez moi, on ne déroge pas au tacite règlement. C’est comme ça !
Un adolescent qui inquiète ! Pas l’ado ordinaire qui ne range pas sa chambre et qui découche à l’occasion. Pas celui qui perd de l’assurance et devient gauche. Pas non plus celui qu’on a chopé avec une cigarette dans la bouche…
Moi, j’étais un adolescent qui a causé d’énormes tourments. J’ai eu des envies irrépressibles. Des envies de danger, de courses poursuites et d’adrénaline. J’ai eu des envies d’ivresse et de fièvres. J’ai eu des envies de castagne et de calibres.
J’étais en surtension à longueur de temps. J’avais des soubresauts de colère, et de fureur, et de violence.
Incontrôlable ! Inflexible ! Récalcitrant.
Je me croyais invincible, et ma mère pleurait.
Elle s’imaginait venir me voir… aux urgences un samedi soir, ou bien au parloir le dimanche. Et elle pleurait ! Elle prenait conseil auprès de tout le monde. Elle m’a suivi, espionné, surveillé… Elle fouillait dans mes affaires. Elles n’y trouvait que du shit, qu’elle balançait à chaque fois. Ça ne me rendait que plus agressif.
Un adolescent délinquant, ça devient un jeune adulte qui n’est pas bien mieux . Enfin… moi… ça a été mon cas. Dans l’appart’ que je partageais avec ma copine, il y avait plus de plants de cannabis que de meubles. Des mégots de pétards partout. Des cadavres de magnums de whisky par terre. Des potes bourrés d’alcool et de conneries dormaient et squattaient ici et là…
Non d’un chien ! C’est pas une vie, ça !
Elle est partie… pour un autre ! Un sage, que j’ai bien failli tuer. Je lui ai laissé la vie sauve dans un rare moment de lucidité.
J’ai fait le bilan. J’ai viré les potes. J’ai eu tout le temps d’y penser. Deux années tout seul, à m’adoucir en travaillant. Deux années à bosser, et à ruminer mes conneries d’avant, et à m’exercer à dire à ma mère à quel point j’ai eu tord d’être aussi con. Je lui ai jamais dit, finalement !
Deux ans de modération, de retenue, de semi isolement… mais toujours dix potes qui accouraient à la moindre rechute. Et toujours cette réputation de mauvais garçon.
Deux ans et elle est arrivée. Une gamine sage. Un peu candide. Un peu crédule.
Deux ans que j’hésitais au carrefour, et elle m’a fait signe de tourner à droite. Et je l’ai crue !
J’ai suivis le troupeau. J’ai respecté la limite de vitesse. J’ai été prudent. Elle m’a ouvert un peu le chemin.
Depuis je suis garé sur ce parking, peinard… J’ai remplacé mes vitres teintées. J’ai décollé mes tête de mort adhésives. J’ai viré les joints du cendrier. J’ai enlevé le poignard caché dans la boite à gant, et j’ai brulé ma batte de base ball qui n’avait jamais shooté dans aucune balle.
Depuis je suis rangé. Ma voiture est bien en ligne. Elle ne dépasse pas de sa place de parking. Ses papiers sont en règles.
L’ado « Madame faut venir chercher votre fils au poste » n’est qu’un mauvais souvenir.
Le jeune adulte « C’est mon dixième pétard de la journée et j’suis pas défoncé » est loin, lui aussi.
Maintenant, je suis le Papa « Chérie t’as un jeton pour le caddy ? Vas-y, vas chez le coiffeur, nous on fait les courses, avec ’es p’tits ! Non, j’vais pas céder pour les bonbons. Promis ! » .
Ne restent de cette époque que les bavardages de mes anciens copains. Leurs récits du temps d’avant agrémentent encore parfois nos brèves et ponctuelles retrouvailles. J’en ricane par politesse, et pour feindre un semblant de regret. En réalité, plus le temps passe et plus je suis mal à l’aise quand ce passé me rattrape un peu.
Elle écoute. Elle s’indigne un peu. Elle se fâche parfois. Elle a ce sourire clément que je prends trop souvent pour de la pitié.
Et c’est en regardant mon père, le modèle sur lequel je crachais avant, qu’elle dit voir ce que je serai dans vingt ans.
Et moi, ça me fait sourire pieusement.
12 mai 2008
Pour les jours où - y’a pas - on a envie de lire les autres et pas d’écrire
Edit du soir:
En fait... je n'ai pas écrit ce billet. Je l'ai reçu ce matin. Une blogamie me l'a offert. Et j'avoue qu'avec mon mal de tête c'est très bien tombé!
Personne n'a eu le moindre soupçon. Parfait, M'dame!
Dis, tu pourrais pas m'en envoyé une petite dizaine, par hasard? On sait jamais, si je tombe malade...
Parfois, même au boulot, il me faut une petite ligne. J’en ai pourtant déjà consommé quelques unes. Sachez que j’en prends– au moins – dès le matin, au saut du lit. Je m’occupe du matos, parfois au radar, parfois les sens déjà en éveil. Histoire de griser mes neurones, de les agiter un peu. Je hume la saveur du contenu et, s’il est un peu tard, je sais qu’un de mes fournisseurs m’en envoient une livraison quotidienne.
Vous devinez bien que, de toutes façons, j’ai toujours quelques réserves.
Après je sens son effet. Oh pas tout de suite, rien de brutal. Ca monte lentement, par petits coups. Un sourire se pose sur mes lèvres. Les pensées qui s’emmêlaient dans mon ciboulot s’apaisent, s’ordonnent en ordre de bataille, gonflées à bloc. Et je m’active le cœur léger.
Mais le pied le plus total, là-haut où je sais que, sans cela, je ne pourrai pas vaincre les monstres qui se cachent dans les recoins de la journée, c’est quand je prends ma bagnole. Je respire à bloc. Je branche la musique et soudain je vois, je vois un monde en couleurs. Pas un paysage plat ou s’alignent trois peupliers et deux voitures poussiéreuses. Non. La lumière qui se perd dans les brumes des marais. Le vert chatoyant du printemps. Le héron qui squatte le macadam de la départementale. Je sens mon cœur se dilater sous l’afflux de cette vie généreuse qui s’offre à moi. Et je sais qu’elle m’est indispensable, comme ce sang, ce souffle sans qui avancer n’est plus possible.
La voiture est sur le parking, il me faudra d’autres doses, ne pas les oublier, et ne pas me perdre avant de plonger dans le jour hostile qui s’annonce.
Vous voyez, j'ai toujours pensé qu'un petit poème était ma dose quotidienne pour vivre. Une addiction, en apparence, assez inoffensive. Un petite ligne de mots, au coin d’une feuille de papier, ou d’un neurone.
Caro Carito
11 mai 2008
Questions pour des champions
Sorties du congélo pour les soirs de disette…
Qui suis-je ?
J’accompagne Val partout. Je lui colle à la peau. Je suis faite de cuir et de métal. On peut lire chaque lettre de l’alphabet sur ma bouille et je ballade une jolie plume et un stylo.
Qui sommes-nous ?
Nous sommes deux, et nous sommes jumeaux. Nous sommes les répliques, en plus petites, de ces petits objets de métal qui trainent sur les bureaux et qui servent à assembler des feuilles entre elles. Sauf que nous, nous ne servons qu’à décorer.
Si vous ne trouvez pas, vous pouvez demander l'avis du public ou appeler un ami.
Et là, à la fenêtre, c'est Papounet! Papa... ce héro!
10 mai 2008
D'amour et d'eau tiède (suite et fin)
Acte IV scène 1
Tous les deux assis dans le canapé
Lise- (en larmes) Presse ce bouton, Jean. Je t’en supplie… Je n’y tiens plus ! Si seulement j’avais une idée du temps qu’il nous reste à tenir… Mais là, je ne peux plus !
Jean- Ce serait trop bête de tout bousiller sur un coup de tête , Lise.
Lise- Ecoute… Et si l’un de nous appuyait sur le bouton, et, une fois dehors, envoyait la moitié de ses gains à l’autre ?
Jean- Tu connais la règle, Lise !
Lise- (sûre d’elle) Je la connais ! IL n’est écrit nulle part que nous ne pouvons pas partager.
Jean- Et après ? Qu’est ce qu’on fait, chacun de notre côté, pendant dix ans ?
Lise- On s’attend !
Jean- Ici, tu ne supportes même plus l’attente. Et tu me dis que tu m’attendras dix ans ? Tu sais qu’on ne peut avoir aucun contact, sous peine de devoir tout rembourser ?
Lise- Je le sais. Je le sais mais j’en peux plus, Jean ! C’est pas humain, de rester ici. Je ne tiendrai pas un jour de plus.
Jean- Tu te souviens de ce qu’on s’était dit ? Que notre amour serait plus fort…On s’était dit qu’ils se trompaient, Lise, que nous tiendrions sans problème, qu’un an c’était vite passé, qu’ils se mettaient le doigt dans l’œil, avec leur stupide théorie. Tu as oublié ?
Lise- Non, Jean. Je n’ai pas oublié. Mais c’est nous qui nous sommes trompés. Ils ont raison, Jean ! L’amour, même fort, ne suffit pas. Et tu le sais comme moi. On ne peut pas vivre sans autre plaisir que celui d’être ensemble. C’est tout à fait impossible. On a été trop naïfs, Jean ! On s’est crus plus forts que les autres, plus amoureux. On a surestimé notre amour, j’en ai bien peur.
Jean- Dois-je comprendre que tu abdiques ? Tu renonces à notre couple ? Il ne vaut pas un an de sacrifice ?
Lise- Je ne renonce à rien, Jean. Appuie sur le bouton. Une fois dehors, tu me feras parvenir de quoi vivre. Dans dix ans, l’interdiction sera levée, et nous reprendrons tout à zéro.
Jean- Tu es folle…
Lise- Je voudrais juste que tu y réfléchisses…
Acte IV scène 2
Lui est allongé sur le canapé lit, elle est debout, le front collé à la fausse fenêtre.
Jean- Tu n’as pas dit un mot depuis des lustres.
Lise- Je croyais que tu voulais la paix ?
Jean- Arrête tes sarcasmes !
Lise- (agitée) Ah ! Tu vois ? Quand je dis un mot tu me demandes d’arrêter !
Jean- Je te demande d’arrêter cette mauvaise foi, pas de ne pas parler !
Lise- Ma mauvaise foi ? Et la tienne, alors ? (plisse les yeux) As-tu réfléchi, Jean ?
Jean- (soupir) Ne recommence pas …
Lise- Qu’a- t’on fait, ces dernières vingt quatre heures ? Hein ? Et celles d’avant ? Je t’écoute ! Qu’a-ton fait ? Et la semaine dernière ? Et le mois dernier ? Que ferons-nous demain ? Et après demain ? J’étouffe, Jean !
Jean- (se lève, marche en sa direction et lui caresse les épaules). Si ça se trouve, il ne nous reste que quelques semaines. Tu imagines ? Tout gâcher pour quelques semaines ?
Lise- (se dégage de l’ étreinte) Mais ça fait des jours que tu me dis ça, Jean ! Voire peut-être des mois ! Si ça se trouve on se plante, et il nous reste encore plusieurs mois à tenir, Jean. Et cette idée m’est insupportable. (chuchote, le regard hagard) Insupportable…
Jean- Soit ! (lui prend la main et la conduit brutalement jusqu’au mur opposé). Vas-y, alors ! A toi l’honneur ! Appuie ! Vas-y ! Puisque tu n’en peux plus ! Puisque tu ne peux plus me supporter ! (hurle) Presse-le, ce putain de bouton, Lise !
Lise- (en pleurs)Non… Pas comme ça, Jean.
Ils s’enlacent calmement.
Acte IV scène 3
Etendus sur le lit, dans les bras l’un de l’autre.
Lise- Crois-tu qu’on prend la bonne décision ?
Jean- Mais c’est toi qui…
Lise- Je sais ! Je n’y tiens plus, ici, Jean ! Je pense que nous faisons le bon choix…
Jean- Si tu le dis…
Lise- Tu n’en est pas certain ?
Jean- J’ai le sentiment que nous aurions pu tenir encore.
Lise- Pas moi !
Jean- Mais tu vas mieux, depuis quelques repas…
Lise- Je vais mieux parce que je sais que la fin est proche.
Jean- Tu vas mieux à l’idée de ne plus devoir me supporter ?
Lise- Ne soit pas bête…
Jean- Avoue quand-même que tu es soulagée à l’idée que nous sortions d'ici l'un sans l'autre ?
Lise- Je suis soulagée à l’idée de sortir d’ici tout court. J’aurais préféré que l’on sorte ensemble, main dans la main, mais je n’en peux plus . Si nous restons, je vais devenir folle.
Jean- C’est ta décision. Tu es prête ?
Lise- Non, attends ! Je veux encore profiter de toi un peu. Promets-moi d’abord de ne pas m’oublier…
Jean- Je te ferai passer de l’argent liquide par ma sœur. Elle te contactera pour te verser une pension chaque semaine.
Lise- Je ne te parlais pas d’argent…
Jean- Je patienterai, Lise. Je penserai à toi chaque jour. Tu auras de mes nouvelles par ma sœur. Elle sera notre messager.
Lise- On ne pourra même pas s’appeler, ou s’écrire ?
Jean- J’ai bien peur que non ! Tu sais bien qu’ils ne sont pas nés de la dernière pluie. Il y a trop d’argent en jeu. Ils nous surveilleront.
Lise- Dix ans, c’est…interminable !
Jean- Tu as le droit de changer d’avis, Lise. Dis-le si tu ne veux plus ! C’est maintenant ou jamais !
Lise- Non ! Je suis prête… Allons-y…
Ils se lèvent, se prennent par la main et marchent en direction du mur.
Ils s’arrêtent face au mur et se tournent l’un vers l’autre.
Lise- A dans dix ans, Jean.
Jean- A bientôt, Lise…
FIN DE L’ACTE IV
EPILOGUE
Même pièce, mais à la décoration différente. Meubles rouges, lumières tamisées, fond de musique classique. Sur la table en forme de cœur, une énorme coupe de fruits et un luxueux sceau à champagne.
Lise est assise sur un canapé rouge, entre deux coussins rouges en forme de cœur. Ses cheveux sont montés en chignon. Elle porte une robe de soirée rouge vif et très décolletée.
Un homme est debout, face à la fausse fenêtre rouge en forme de cœur. Chacun d’eux tient une coupe de champagne.
Lui- Avez-vous la moindre idée du temps qui s’est écoulé depuis notre entrée ici ?
Lise- Je vous conseille de ne pas y penser…
Lui- Nous aurions du compter le nombre de vaporisations de parfum d’ambiance.
Lise- C’est inutile, vous savez ! Il n’y a aucune régularité entre chaque vaporisation.
Lui- Quel ennui !
Lise- Je ne vous le fait pas dire, mais je préfère que vous gardiez vos réflexions pour vous. Vous allez me faire déprimer. Racontez-moi plutôt quels circonstance vous ont conduit ici, ça nous fera passer le temps.
Lui- Je suis célibataire, et j’ai besoin d’argent. Je suis poète à mes heures, et le fait de pouvoir écrire sans être obligé d’aller travailler pour gagner ma vie me tente. Qu’est ce que c’est, une année, si toutes les autres ne sont que plaisir ?
Lise- Vous êtes poète ? C’est merveilleux… Vous me ferez lire vos poèmes ?
Lui- Je m’en ferais une joie. Et vous ? Quelles sont vos motivations ?
Lise- Moi ? (abattue) L’homme que j’aimais m’a trahie. Nous nous aimions, et puis l’argent lui a monté à la tête. Il m’a oubliée, me laissant sans le sou… J’ai un crédit immobilier à payer, et des dettes à rembourser.
Lui- Je vois… Je suis désolé de vous avoir posé cette question.
Lise- ça ne fait rien…
Lui- Ils jettent quand même sacrément leur argent par les fenêtres, dans ce labo (sourire).
Lise- Que voulez-vous dire ?
Lui- Qui peut être assez stupide pour penser qu’un homme et une femme qui ne se connaissent pas puissent tomber amoureux simplement en étant immobilisés dans un milieu propice ? (rire)
Lise- Et si leurs théories étaient fiables à cent pour cent ?
Lui- Vous plaisantez ? (Sourire) Avec tout le respect que je vous dois, et malgré le fait que je vous trouve tout à fait charmante, je doute que nous quittions cet endroit ensemble !
Lise- (comme pour elle même) Nous en reparlerons dans un an.
F I N
09 mai 2008
D'amour et d'eau tiède, donc... (partie 3)
Acte III scène 1
Lui sort de la douche grise, et s’essuie le corps avec une serviette éponge grise. Elle se regarde dans le miroir non loin de lui.
Lise- C’est terrible, de se regarder dans le miroir sans pouvoir ni se coiffer, ni se maquiller.
Jean- (ironique) Tu imagines, un peu, le temps que tu gagnes ?
Lise- (se tourne pour lui faire face) Le temps que je gagne sur mon ennui, tu veux dire ?
Jean- Arrête un peu de te plaindre, et viens contre moi…
Lise- Pourquoi n’y a-t‘il pas le moindre rasoir, ni même une pince à épiler ? Ils ont eu peur que l’un de nous se suicide, ou quoi ?
Jean- Ils ont eu peur qu’on s’entretue, je pense…
Lise- (rire narquois). Qu’on s’entretue ? Avec une pince à épiler ? IL y a mieux, pour un commettre un meurtre, non ?
Jean- Pas ici.
Lise- Hein ?
Jean- j’ai dit : pas ici ! La table et le canapé sont si lourds qu’on ne peut les soulever. Nous n’avons ni couteaux, ni fourchettes, ni même un morceau de ficelle. Nos gobelets sont en aluminium. Il n’y a même pas de lavabo, c’est pour dire… On peut attendre longtemps avant de noyer quelqu’un sous le jet de la douche… Le pire, c’est qu’avec cette eau toujours tiède, on ne pourrait même pas l’ébouillanter.
Lise- (air inquiet) Tu as déjà pensé à tout ça ?
Jean- J’y pense parce que m’en parles, Lise.
Lise- Tu me fais peur… (silence songeur)
Jean- Mais enfin, Lise, crois-tu que j’ai envie de te tuer ? Je plaisantais. (sourire)
Lise- Je ne le prétends pas, mais tout porte à croire que ça t’a traversé l’esprit au moins une fois !
Jean- Tu deviens folle ! Si je voulais te supprimer, il me suffirait que ton crâne heurte un coin de la table (sourire). Paf !
Lise- Arrête, Jean, t’es pas drôle.
Jean- J’arrête ! Je voulais détendre l’atmosphère. Loin de moi l’idée de te faire peur. J’ai été bête. Pardon. Allez, viens contre moi…
Acte III scène 2
Assis sur le canapé, enlacés.
Lise- Dis-moi… ou voudras-tu vivre, après ? Je veux dire… quand nous serons sortis de là ?
Jean- Peu importe. Je n’y ai pas vraiment réfléchi. Mais tu as raison ! Occupons donc notre temps à prévoir la nouvelle vie qui nous attend derrière.
Lise- Moi, j’avais pensé à la Corse. Ça nous changerait de Paris. Qu’en penses-tu ?
Jean- Et ta Bretagne natale ?
Lise- Aurons-nous assez d’argent pour y construire une maison de vacances ?
Jean- Tu parles, si nous aurons assez ! Tu plaisantes ? Avec l’enveloppe qu’on va toucher, on pourrait acheter une maison dans chaque département, et il en resterait encore pour toutes les meubler ! ET là, tu te diras qu’on a bien fait de se laisser enfermer ici. C’est quoi, un an ? Si après la vie nous donne tout, en échange ?
Lise- Oui, tu as sans doute raison… Tu crois qu’on devra quand-même retravailler un jour ?
Jean- Non ! Nous serons conseillés concernant les différents placements. Même nos enfants n’auront pas à travailler, Lise.
Lise- Si on en a un jour…(air triste)
Jean- On en aura ! Tu verras ! Les médecins ont dit que nous n’avions rien, Lise. C’était juste les soucis. Oui, les soucis… Tout ira mieux à notre sortie. Je te le promets.
Lise- J’espère que tu as raison…
Une sonnerie stridente retentit
Jean- Ah ! L’heure de la pilule !
Lise- Allons-y ! Un festin nous attend…
Ils se lèvent.
Acte III scène 3
Elle, assise à la table et lui faisant les cent pas au travers de la pièce.
Lise- (implorante) Viens t’asseoir, Jean ! Tu me donnes le tournis.
Jean - J’en ai mare, de sans cesse devoir m’asseoir, figure-toi . J’ai besoin de me dégourdir les jambes.
Lise- ça fait une heure que tu tournes en rond dans cette maudite pièce ! Tu m’agaces !
Jean- (arrête de marcher et la regarde droit dans les yeux). C’est réciproque, Lise !
Lise- (indignée)Comment oses-tu ?
Jean- Comment j’ose ? Je vais te le dire, comment j’ose ! J’ai besoin d’air, Lise ! J’ai besoin que tu me laisses respirer. Tu épies et commentes chacun de mes gestes. Je ne supporte plus de t’entendre me donner des ordres. Je ne supporte plus de t’entendre te plaindre sans cesse. J’ai besoin d’être seul, Lise, tu comprends ?
Lise- (nerveuse) Eh bien vas-y ! Vas-y, si tu ne peux plus me supporter ! Je ne te ferais même pas l’affront de te supplier ! Vas-y, qu’est ce que tu attends ? Appuie sur ce maudit bouton ! Vas-y !
Jean- C’est ridicule !
Lise- Je le sais, que tu en mœurs d’envie. Qu’attends-tu ? Que je te tourne le dos ? Tu serais si lâche que ça ?
Jean- Tais-toi, Lise ! Vas te reposer un petit peu. Vas prendre une douche, et essaye de te détendre. C’est insensé…
Lise- Excuse-moi, Jean. (tremblante) Cet endroit me rend folle. Je ne sais plus ce que je dis. Si je savais combien de temps il nous restait à tenir, je tiendrai mieux le coup. Mais là…
Jean- Rappelle-toi : le bonheur est au bout, Lise ! Il ne faut surtout pas les laisser gagner. Notre amour est plus fort que leurs théories. Si un jour l’envie d’appuyer sur le bouton te démange, penses-y, Lise ! Repense à tous nos projets. Repenses à notre couple, à toutes les épreuves que nous avons traversé par le passé…
Lise- J’ai pensé à tout, déjà, Jean : j’ai pensé à me laisser mourir de faim, j’ai pensé à hurler, à te frapper, à pleurer… mais jamais, O grand jamais je n’ai pensé au bouton.
Jean- (tout bas) Je t’aime, Lise.
FIN DE L'ACTE III
Faudrait peut-être que je trouve un titre?
Acte II scène 1
Tous les deux assis en tailleur sur le canapé gris. Mêmes tenues, même décor.
Jean- (doucement) Tu portais ta robe rose pâle, celle avec des bretelles en fine dentelle. Tu respirais la joie de vivre. Tu te souviens comme nous étions amoureux et insouciants ?
Lise- (souriante et enthousiaste) Oui, je m’en souviens. (soupir) Que c’est bon, quand tu me parles du passé… Tes histoires d’avant nous font passer le temps. Merci pour ce moment de détente. (soudain plus lucide) . En parlant de temps, as-tu la moindre idée de la date ? Sais-tu à peu prés depuis combien de temps nous sommes enfermés ici ?
Jean- Je n’en sais rien. J’ai envie de dire plusieurs mois, mais il est possible que ça ne fasse que quelques semaines. Nous aurions du compter des sonneries qui nous signalent les moments ou nous devons avaler nos pilules. Mais... ne t’en fais pas. Ils nous ont dit de ne pas nous en préoccuper. Quand ça fera un an, ils viendront nous chercher.
Lise- Et si l’un de nous deux tombait malade ?
Jean- Tu sais parfaitement que c’est impossible. Ils ont pris toutes les précautions pour ne pas que ça se produise. Souviens-toi tous ces tests, tous ces vaccins, et puis les antibiotiques que nous prenons chaque jour… Je crois même que l’appartement est stérilisé.
Lise- Pauvre de nous… je crois que...je préférerais tomber malade. Et… si l’un de nous arrêtait de prendre toutes ces pilules ? Plus de pilules qui nourrissent, plus de pilules qui reposent, plus d’antibiotiques universels. Rien ! Une grève de la faim ! Que se passerait-il ?
Jean- N’y songe même pas Lise. Tu sais bien que personne ne viendrait te sortir de là. Ils ne nous voient pas. Ils ne nous entendent pas. Le seul lien qui nous relie à eux est le bouton. Il n’y a que moi qui pourrait te sortir de là, en le pressant. Mais… tu connais la règle… Si ta vie était en danger, je n’hésiterais pas une seule seconde.
Lise- (soupir) Oui, Jean, je le sais. Ne t’en fais pas, je ne gâcherai pas tout.
Acte II scène 2
Lui est assis à la table grise, et elle fait les cent pas.
Lise- (agacée) Si seulement on avait un livre ! Ne serait-ce qu’un livre ! Pour deux ! Oh, je n’ai pas le culot de vouloir une télé, ou un poste de radio ! Mais un livre ! Même un mauvais, qu’importe… On pourrait le lire et le relire, et en parler ensemble! Même pas ! Si seulement j’avais ne serait-ce qu’un stylo ! Même sans papier ! J’écrirais sur le papier de toilette gris !
Jean- (soupir) Lise, tu avais promis…
Lise- Je sais, Jean ! J’avais promis de ne pas recommencer ! Mais c’est plus fort que moi. (hausse le ton) Tu comprends, ça ? J’en peux plus, Jean ! Je n’en PEUX PLUS ! J’ai envie de boire un café le matin. J’ai besoin d’un cigarette après déjeuner. Je rêve d’avoir sommeil. J’aimerais pouvoir téléphoner à quelqu’un, même à mon pire ennemi. (chuchotant) Je vais devenir folle.
Jean- De quoi as-tu envie de parler, Lise ? Bavardons ! C’est l’une de nos seules distractions possibles…
Lise- Je voudrais qu’on comprenne ensemble les raisons qui nous ont conduit jusqu’ici.
Jean- (irrité) Tu ne voudrais pas un peu parler d’autre chose, pour changer ?
Lise- Non, Jean. J’ai besoin de comprendre…
Jean- Soit ! Allons-y ! Tu les connais comme moi, les raisons, Lise ! A cause de ta dépression, tu as perdu ton job. La maison n’était pas finie de payer. Tu as recherché un autre emploi, en vain. Je ne gagnais pas assez pour nous faire vivre tous les deux, et payer les factures, les crédits. C’est allé crescendo. Les dettes se sont accumulées. La pile des factures à enflé. Puis, la menace des huissier, la banque qui appelait chaque jour, les chèques sans provision, la carte bleue avalée. C’est ça que tu veux entendre, Lise ?
Lise- ça n’explique pas ce qu’on fait là !
Jean- (nerveux) Qu’est ce que tu aurais préféré ? Que la maison soit saisie ? Qu’on soit surendettés ? Qu’on vende les meubles ? La voiture ? Ton alliance ? Tu aurais fait le trottoir, peut-être ? Arrête avec ça, Lise ! On avait pas de meilleure solution ! On a fait le bon choix, crois-moi !
Lise- On aurait pu repartir à zéro… Peu importe ce qu’on possède, tant qu’on est ensemble…
Jean- (sourire en coin) Et c’est toi qui dit ça ? Et ici, alors ? On est ensemble, n’est ce pas ? Et tu pleures pour qu’on te donne un livre !
Lise- Ici, c’est pas pareil…
Jean- (retrouvant son calme) Allez, restons-en là. Pensons à l’avenir, maintenant. Repartir à zéro, c’est ce que nous allons faire, chérie. Mais en mieux !
Lise sourit
Acte II scène 3
Etendus sur le canapé lit, nus, dans les bras l’un de l’autre…
Lise- Au moins, ça, ils ne peuvent pas nous l’enlever …
Jean- Je te préfère comme ça, Lise.
Lise- (sourire) Ils voulaient nous couper du monde des plaisirs, et celui-là, ils y ont pas pensé ! Tu crois qu’on a pas de pilules qui coupent la libido parce qu’ils ont oublié ?
Jean- Non, Lise. C’est volontaire.
Lise- Je pensais qu’ils voulaient nous empêcher d’avoir la moindre distraction pendant un an !?
Jean- (se racle la gorge) C’est pas tout à fait ça…
Lise- Ah oui ? Et c’est quoi, alors ?
Jean- Tu l’as entendu comme moi, lors des rendez-vous pré-enfermement !
Lise- J’étais tellement résignée et abattue que.. (pensive). Redis-le moi…
Jean- Nous sommes les cobayes d’une expérience tendant à prouver que l’amour ne se suffit pas à lui-même.
Lise- C’est à dire ?
Jean- C’est à dire que nous sommes enfermés là dans le seul but de démontrer qu’on ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraiche.
Lise- Mais.. nous ? On le peut, n’est ce pas ?
Jean- (doucement). Oui, nous, on le peut. Et on va leur montrer qu’ils se trompent !
FIN DU SECOND ACTE
PS: Et demain? C'est samedi! Et le samedi, c'est le jour du défi! Cette semaine, une petit fille parle aux oies... Il n'est pas trop tard pour envoyer votre participation...
08 mai 2008
J’avais encore jamais pensé à…
Acte I scène 1
Un salon gris à la décoration épurée et inusitée.
Un homme est assis sur la banquette en acier, entre deux coussins de caoutchouc noir. Une femme lui tourne le dos et regarde par l’unique fenêtre grise en forme de poire.
Jean- Arrête donc de t’obstiner ainsi. Il n’y a rien derrière cette fenêtre. Viens t’asseoir…
Lise- Nous n’aurions pas dû accepter…
Jean- Avait-on d’autre choix ?
Lise- J’aurais peut-être pu retrouver un emploi, et nous aurions déposé un dossier de surendettement. On aurait vendu la maison. Qu’importe !
Jean- Arrête de te faire du mal, Lise… viens t’asseoir. Tu sais très bien qu’il n’y a pas de travail. Il n’y avait pas de meilleure solution. Tu le sais comme moi. Un an, c’est vite passé, Lise. Après, notre vie reprendra de plus belle. En mieux !
Lise- Jean, je te préviens ! Je ne vais pas tenir un an dans cette cage ! Plutôt mourir ! Ce lieu va me rendre folle, Jean. Fais quelque chose !
Jean- Nous avons signé, Louise… c’était bien précisé sur le contrat, qu’après être entré ici nous ne pourrions plus faire marche arrière.
Les yeux de Lise se ferment lentement, puis elle cache son visage de ses deux mains.
Acte I scène 2
Les deux personnages assis l’un en fasse de l’autre à une petite table grise, sur laquelle deux verres d’eau sont posés.
Lise- J’ai faim, Jean…
Jean- C’est tout à fait impossible !
Lise- Non. Je n’ai pas faim dans ma chair. J’ai juste envie de… manger, ne serait-ce qu’un trognon de pomme. Ne peut-on pas demander une pomme ?
Jean- Pas de nourriture. C’était bien clair dans le contrat. Fais comme moi, Lise. Pense à un plat savoureux à chaque fois que tu avales ton comprimé coupe-faim, et que tu bois une gorgée d’eau tiède.
Lise- (haussant la voix) C’est pire ! Je ne peux pas, Jean ! Je ne peux pas ! J’ai besoin de gout ! Si au moins ils nous donnaient de l’eau glacée, parfois…. Ou même de l’eau chaude, pour changer ! Je n’en peux plus, de cette eau tiède, toujours servie à la même température, toujours bue à la même heure, dans les mêmes verres gris ! Je ne tiendrai pas…
Jean- Calme-toi, Lise ! A notre sortie, je t’offrirai un dîner dans le petit restaurant, face à la mer, à Vannes. Tu te souviens de leur merveilleux fondant au chocolat ?
Lise- C’est toi qui as raison, Jean. Pensons plutôt à l’avenir… Pardon de m’être emportée. Je suis trop faible…(léger sourire)
Acte I scène 3
Tous deux étendus sur le canapé en acier gris, déplié en lit. Leur tête reposant sur des oreillers en caoutchouc noir. Ils portent les mêmes survêtements gris que dans les scènes précédentes. Il n’ont pas de couvertures.
Jean- (se rapprochant de sa compagne) On pourrait peut être profiter de notre enfermement pour nous distraire un peu, non ? Depuis combien de temps on ne s’est pas retrouvés tous les deux étendus dans un lit sans avoir sommeil ?
Lise- C’est pas le moment, Jean. Comment peux-tu penser à ce genre de choses dans ces conditions ? Je voudrais tant dormir…
Jean- ( qui se redresse) Elle veut dormir ! Madame veut dormir ! Moi aussi, figure-toi, je voudrais dormir ! Je me garde bien de t’en faire part. A quoi bon ? Arrête donc un peu de te plaindre, Lise. Tu rends la chose encore plus pénible. Si des pilules contrarient nos besoins de sommeil, aucune ne diminue nos appétits … C’est la seule distraction à laquelle nous avons droit, Lise. Je te proposais ça pour, disons, oublier un peu cet appartement le temps d’une étreinte…
Lise- (qui s’assied elle aussi) Pardon Jean. Ce soir … est-on vraiment le soir ? Comment savoir si nous somme la nuit ou bien le jour, avec cette lumière qui ne varie jamais ?... Ce soir j’ai pas envie.
(Ton implorant) Comment pourrait-on avoir envie de quoi que ce soit dans ces conditions ? Tout est gris, ici, Jean. Gris pâle, gris foncé, gris moyen, ou noir ! Les meubles sont gris. Les murs sont gris. Les verres sont gris. Nos vêtements sont gris et uniformes. La température ambiante ne varie jamais. L’eau est toujours tiède. Les pilules qu’on nous fait prendre n’ont pas de gout. Le savon n’a pas d’odeur. Tout est bien trop morne !
Jean- C’est bien ce que j’essaye de te dire, Lise. Le plaisir de la chair est notre seule distraction. Nous n’aurons pas d’autre réjouissance que celle-ci. Et tu voudrais nous en priver ?
Lise- (se lève d’un bond) Ne cherche pas à me culpabiliser ! C’est déjà assez difficile comme ça (Elle pleure et s’énerve en marchant). Qui a eu cette idée débile de venir passer un an ici ? je t’écoute ! QUI ? Qui nous a entrainé dans cette prison ? Qui a pris cette brillante initiative ? Réponds ! Aller, réponds !
Jean- (chuchotant) Voyons, calme-toi… Je t’en supplie. Calme-toi !
Fin du premier acte
07 mai 2008
Madeleine… visuelle ?
Samedi dernier, je sors de chez des amis et je passe, en voiture, devant la petite gare de leur ville.
Mon esprit fait un bon de quelques années, et sa fantaisie occupe mes pensées sur la route jusqu’à la maison.
La gare… un lundi matin de l’automne 2001. N’importe lequel. La cérémonie s’est répétée durant des semaines. Il est six heures du matin, et il fait nuit et froid. Il se gare devant la gare. Nous descendons. Nous sortons ma valise du coffre. Le billet est déjà acheté. Je suis gelée. Nous allons tous les deux attendre mon train pour Paris sur le quai, avec les nombreux salariés percherons qui bossent à Chartres ou en Ile de France. Dieu sait qu’il y en a !
Je suis gelée. Je suis crevée. Je suis chagrin. J’ai faim… Je ne rêve que de dormir dans un lit douillet et chaud. Je rêve d’un café brulant et de croissants. Je rêve de câlins et de vêtements plus chauds. J’ai un peu la nausée. Je sais que la journée sera rude. J’ai presque envie de pleurer.
Il me sourit timidement. Il me dit que ça va aller, que je vais pouvoir dormir dans le train, qu’il m’appellera à midi, que la semaine va vite passer…
Je ne l’entend pas. Il se trompe. Ça va être l’horreur ! Ces yeux trahissent ses sentiments. Il s’en veut ! Je lui fait de la peine, avec ma pauvre mine. On avait pourtant dit qu’on recommencerait pas… On a recommencé ! Et c’est moi qui vais en payer le prix. Il le sait. Il a envie de dormir, mais il attend avec moi. Il sait qu’il pourra dormir plus tard, dans la journée. Il ne bosse pas, le lundi, LUI ! Il sait que moi je ne pourrais pas me poser une seconde, et ça le tourmente.
Le weekend a hébergé nos excès, comme à l’accoutumée. La nuit a été blanche. Nous avons attrapé le temps, traqué la moindre minute, volé quelques heures au sommeil qui en est trop gourmand. Le sommeil se vengera !
La nuit a été douce et morose à la fois. Les bras étaient chauds et accueillants, les paroles tendres, mais la menace de la séparation prochaine planait a dessus de nos tête, avec celle de la culpabilité… ça va être dur, au matin…
Le matin est arrivé trop vite, comme chaque lundi. A cinq heures, ses bras ont dû me délivrer et céder leur place à l’eau de la douche qui ne m’a même pas donné le coup de fouet espéré. Après un café terminé à la hâte en attachant nos manteaux, nous sommes partis. Nous avons adopté cette gare, qui a l’avantage de nous offrir dix bonnes minutes supplémentaires, par rapport à celle de Nogent. Dix minutes, quand on est toujours à la bourre, ça compte ! Le silence était pesant et oppresseur, dans la voiture. Malgré tout, j’aurais aimé que la virée ne s’arrête pas. Foutu ! La gare est là, et dans dix minutes mon train m’arrachera à lui sans scrupules. Maudit TER du lundi matin…
Je monte le cœur lourd, et après une dernière caresse. Le train part et moi, assise, je me noie dans le supplice qu’il m’inflige. Que je m’inflige ! J’ai le cœur lourd, les paupières aussi. J’ai un peu mal à la tête. J’ai envie de pleurer. Je ne m’endort pas dans le train. J’y arrive pas. J’arrive à Montparnasse la tête en vrac, après l’enchainement de toutes ces gares que je connais par cœur. Je me fait violence pour ne pas jeter un œil aux horaires des TER Paris-Le Mans, et je descend dans le métro, direction grenelle, en ne rêvant qu’au weekend passé et en imaginant le prochain.
La journée sera dure. La semaine sera douloureuse, malgré les abus d’appels téléphoniques.
Heureusement, cette gare, c’est aussi celle des vendredi soir, ou le train prenait toujours un retard qui n’était certainement fait que pour accentuer délicieusement notre impatience.
On ne retenait aucune leçon des lundi périlleux. Le weekend qui s’annonçait, on le passerait encore en veillant à l’extrême… bien au delà du raisonnable.
Hé ? Manu ? ça fera bientôt sept ans, tu te rends compte ?
Dis ? Manu ? C’est quand qu’on se sépare pour de faux ? Pour le bonheur de se retrouver ?
Il faut avouer que maintenant, la perspéctive d'une nuit blanche est peu réaliste...
06 mai 2008
Ferme ta gueule
Un soir, après qu’il ait gardé les enfants, Manu me dit : « Je crois qu’il a dit ferme ta gueule à sa sœur ». Il lui a demandé de répéter, pour être sûr. En vain. Du coup, il n’a rien dit. Maintenant, on est méfiant.
Un jour, il jouait et avait dit un truc qui ressemblait à « des connasses ». En fait, c’était « déconasse » qu’il avait dit. Ben oui ! Déconasse de l’avion. Mouarf !
Nous étions dans le doute pour ferme ta gueule jusqu’à ce qu’il le redise. A nous ! On le chahutait un peu, pour rire, et il a dit : « Papa et maman, ferme ta gueule ! ». Plus de doute possible…
Ce qui est dommage, c’est qu’on ne prévoit pas à l’avance ces choses là. On est restés interdits. On prends garde, au quotidien, à ce que des mots comme ça ne viennent pas chatouiller ses petites oreilles et il nous sort « Ferme ta gueule ». Sans signe avant coureur.
On l’a questionné. Il ne savait pas que c’était grossier. Je pense qu’il disait la vérité (et puis sinon il ne nous l’aurait pas dit. Pas comme ça.). On a essayé de savoir ou il avait entendu ça. Il ne sait pas. Il a oublié. Il a oublié ou il l’avait entendu, mais il a pas oublié la phrase ! Arrrg !
On lui a expliqué. Nous verrons si notre petit discours aura une influence ou non. Autrement, nous recommencerons…
Je redoute le jour ou il aura perdu cette innocence qui le fait nous répéter chaque mot qu’il apprend et retient… On aura plus le contrôle… et il pourra bien dire ce qu’il voudra, quand on ne sera pas là pour l’écouter… pfff !
Et puis, comme il est question de Gaby, je suis un peu contrariée ce soir. Cet après midi, nous sommes allés acheter des chaussures ouverte aux enfants, pour les beaux jours. Elisa en a eu. Gabriel n’a pas voulu en essayer. Il a pleuré dans le magasin, parce qu’il voulait des bottes en caoutchouc. J’ai essayé de lui expliquer, de rester calme. Il n’a rien voulu savoir. Dans ces cas là on ne peut rien lui dire. Fâchée, j’ai décidé de rentrer. Il n’a pas eu de chaussures. Il m’a agacée.
Dans la voiture, il a regretté. « Maman, Maman, moi je veux des chaussures. Je vais être gentil. ». J’ai pas fait demi tour. Nous sommes rentrés à la maison avec une seule paire…pour Elisa.
N’empêche, il y a des jours ou franchement je rame, avec lui… J’ai peur de mal faire…

